03 March 2016

Réactualisation de l’inventaire des habitats de la prairie pour une meilleure gestion


La prairie alluviale de la Réserve de l’île du Rorschollen est située au nord du site, entre le Vieux Rhin et la digue des hautes eaux.
C’est une zone ouverte qui présente une très grande diversité de végétation où alternent bosquets et zones de végétation herbacée haute.
Ce milieu reconnu pour son intérêt a fait l’objet de suivis floristiques réguliers, afin de connaitre son évolution et d’adapter les modes de gestion aux enjeux de conservation.

 

 

 

Une nouvelle étude a été réalisée en 2015 dont l’objectif a été d’identifier et de cartographier les habitats naturels présents mais aussi d’étudier la dynamique de végétation et l’efficacité du mode de gestion. Ce travail devant servir de référence au suivi de l’évolution des milieux et permettre de déterminer la dynamique de la végétation.

Dans un premier temps, il a été réalisé l’identification des unités de végétation composant la prairie au travers de relevés phytosociologiques. Ce type de relevé consiste à identifier des surfaces de végétation homogènes dans lesquelles toutes les espèces de plantes sont inventoriées. Ensuite pour chaque espèce végétale ainsi obtenue, il est nécessaire d’estimer au travers d’un coefficient, son abondance et son recouvrement dans la surface considérée.

Ainsi 10 unités floristiques ont été identifiées au niveau de la prairie du Rohrschollen. Parmi ces unités de végétations identifiées, 5 correspondent à des faciès d’habitats naturels d’intérêt communautaire car relevant de la Directive européenne Habitats-Faune-Flore (Natura 2000).

Le tableau suivant présente les unités de végétation recensées ainsi que l’habitat naturel de la Directive Habitats-Faune-Flore correspondant le cas échéant :

 

Unités de végétation

Habitat d’intérêt communautaire

Surface (ha)

Surface relative zone d’étude (%)

Code Natura 2000

Intitulé

Groupement à Centaurea stoebe et Festuca duvalii

6210

Pelouses sèches semi-naturelles et faciès d’embuisonnement sur calcaires

0,33

1,76

Prairie à laîches et joncs glauques

-

 

0,04

0,20

Prairie à petites laîches des zones à humidité variable

6410

Prairies à Molinia sur sols calcaires, tourbeux ou argilo-limoneux

0,35

1,88

Prairie à Festuca arundinacea

6510

Pelouses maigres de fauche de basse altitude

8,73

47,00

Prairie à fromental

Roselière à Phragmites australis

-

 

0,06

0,34

Cariçaie à laîche des marais

-

 

0,14

0,76

Friche à chiendent et ronce bleuâtre

-

 

8,93

48,07

Friche nitrophile à Erigeron annuus

-

 

Groupement à Solidago gigantea

-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il peut être constaté que près de 50% de la zone d’étude est occupé par un habitat à forte valeur patrimoniale.

Par contre, une partie est également occupée par une végétation dominée par la Verge d’or géante (Solidago gigantea), qui est une plante invasive originaire d’Amérique du Nord, faisant l’objet de mesures de gestions spécifiques.

Dans un second temps il a été étudié l’évolution de la végétation par rapport aux inventaires floristiques précédents (réalisés en 2001, 2008, 2011, 2013).

Ce travail se base sur un réseau de 32 placettes fixes dites « permanentes » mis en place lors du premier inventaire et répartis sur l’ensemble de la prairie.

Le protocole établi consistait à réaliser, au sein de chaque placette, courant juin, un relevé phytosociologique des espèces végétales présentes sur cette placette. Les relevés floristiques réalisés ont ensuite été comparés avec les relevés réalisés précédemment afin de connaitre l’évolution de la végétation.

 

Le tableau suivant compare entre 2008 et 2015 l’évolution des unités végétales au sein des différentes placettes permanentes.

Habitats – 2008

Habitats – 2015

Placettes concernées

Prairie à fromental

Friche nitrophile à Erigeron annuus

4, 8 et 13

Prairie à fromental

1, 14, 15, 21, 26, 27 et 29

Friche à chiendent officinal et ronce bleuâtre

22

Prairie à Festuca arundinacea

23

Friche nitrophile à Erigeron annuus

Friche nitrophile à Erigeron annuus

5 et 17

Groupement de Solidago gigantea

Prairie à Festuca arundinacea

10

Friche à chiendent officinal et ronce bleuâtre

18, 25 et 30

Prairie à petites laîches des zones à humidité variable

Prairie à fromental

2, 3 et 7

Prairie à Festuca arundinacea

11 et 12

Friche à chiendent officinal et ronce bleuâtre

6

 

 

De manière générale on constate :

 

  • Une régression des espèces hygrophiles au profit des espèces prairiales mésophiles qui est lié à la faible disponibilité en eau du sol car celui-ci est très drainant, et la nappe phréatique profonde
  • Les espèces les plus fréquentes sont des espèces de prairie de fauche. L’abondance de Dactylis glomerata, ainsi que la présence de d’autres graminées fourragères tels que Arrhenatherum elatius semblent indiquer un semis d’espèces fourragères dans certains secteurs de la prairie.
  • Le calamagrostide commun (calamagrostis epigejos) et la ronce bleuâtre (rubus caesus) sont plus présents car ils sont favorisés par la fauche tardive.
  • Il a également été constaté que 4.8% de la prairie et de la digue sont encore colonisés par le Solidage géant (Solidago gigantea), dû à la mise en pâturage tardive (mimai) et aux nombreux refus de broutage des ovins.
  • Une progression des ligneux due à la richesse en nutriments des sols alluviaux.

 

 

Plusieurs pistes de gestion peuvent être faites et pourrons être étudiés dans le cadre du nouveau plan de gestion de la réserve Naturelle en cours d’élaboration :

 

  • fauche tardive et pâturage extensif pour la réduction des populations de Solidago gigantea
  • 2 fauches annuelles pour améliorer la valeur patrimoniales de la prairie
  • Fauche tardive et pâturage extensif pour préserver certains groupements végétaux protégés
  • Fauche tardive et pâturage partielle pour préserver les roselières sèches.
  • Pâturage caprin pour réduire les ligneux
  • Retour des inondations
  • Réductions des atteintes diverses (sur fréquentation, boutis de sangliers, orniérage…)

 

 

Pour en savoir plus, télécharger le document rapport de stage Meline 2015